La Goutte-d’Or, sa population métissée, ses rues animées… Des alumni sont allés à la découverte de ce quartier en pleine mutation.
 

À l’ombre du Sacré-Cœur

Au pied de la butte Montmartre, dans l’ombre de sa notoriété, le quartier de la Goutte-d’Or charrie bien des fantasmes : ghetto de Paris, repaire des marginaux, quartier insalubre… Et si elle était, en réalité, une pépite cachée ? C’est la conviction de France Alumni, qui pour sa sortie culturelle de septembre a entraîné un groupe d’alumni curieux dans les ruelles de ce quartier malfamé.

En ce premier jour d’automne, Paris affichait un air d’été indien. C’est sous un beau ciel bleu que les alumni ont suivi leur guide Sandra Cominotto, conférencière au musée Carnavalet. « Peu de gens connaissent l’histoire de la Goutte-d’Or, et pourtant elle est aussi intéressante que celle de Montmartre, explique-t-elle. Mais le parcours d’aujourd’hui ne s’intéresse pas seulement au passé. Il vous fera aussi voir les mutations actuelles du quartier ».

 

Des clichés qui ont la peau dure

Le rendez-vous était fixé à la station de métro Barbès-Rochechouart, porte d’entrée du quartier de la Goutte-d’Or et point de chute de nombreux africains à Paris. L’animation du carrefour détonne avec le calme des quartiers huppés de la capitale : les langues sont multiples, le bruit incessant. Une odeur de maïs grillé envahit l’air. Elle transporte le groupe, comme par enchantement, dans un marché de Dakar ou de Brazzaville. « À Paris, vous pouvez faire le tour du monde avec un ticket de métro ! », clame un habitant du quartier à l’adresse des alumni.

Veronica Moreno, étudiante en psychanalyse à l’université Paris-Diderot, semble dans son élément. « Je suis à Paris depuis seulement trois semaines, mais je connais déjà la réputation de la Goutte-d’Or, confie-t-elle. En tant que Mexicaine, je connais les stéréotypes qui peuvent entourer les quartiers populaires. Je préfère me faire une idée par moi-même, avec mes propres yeux ».

 

Sur les pas d’Émile Zola

La visite prend une dimension romanesque lorsque Sandra Cominotto entraîne les alumni sur les traces de Gervaise Macquart, l’héroïne de « L’Assommoir » d’Émile Zola. Le roman témoigne de ce que fut la Goutte-d’Or au XIXsiècle.

La visite débute rue des Islettes, sur la place l’Assommoir, qui inspira l’un des décors centraux du récit. Plus loin, sur la rue de la Goutte-d’Or, la guide pousse une porte cochère. Elle révèle une grande cour, similaire à celle que décrit Zola. « Gervaise regardait surtout la porte, une immense porte ronde, s’élevant jusqu’au deuxième étage, creusant un porche profond, à l’autre bout duquel on voyait le coup de jour blafard d’une grande cour », peut-on lire dans le roman.

Porte cochère à part, l’allure générale du quartier n’évoque en rien le naturalisme zolien. La réhabilitation des années 1980 est passée par là. Mais Sandra Cominotto y ramène les alumni à force d’illustrations d’époque, d’anecdotes cocasses et d’explications historiques. « Avant 1860, la Goutte-d’Or se trouvait hors de Paris, c’était la campagne. La plupart des logis étaient destinés aux ouvriers venus travailler dans la capitale. Des provinciaux, comme l’héroïne de Zola, puis des Espagnols, des Italiens, des Polonais et, à partir de 1960, des Africains ».

 

Une « Little Africa » ouverte au monde

Cette dernière vague d’immigration, venue du Maghreb et d’Afrique subsaharienne, a contribué de façon décisive au développement du commerce de tissus dans le quartier, une activité économique essentielle pour le 18e arrondissement. « Le commerce du wax est une activité indissociable de la Goutte-d’Or, ce qui lui vaut le surnom de "Little Africa", explique Sandra Cominotto. On dit que, selon le motif représenté, il est possible de deviner l’origine géographique de celui qui l’a confectionné ! »

Rue des Gardes, les alumni vont à la rencontre d’une association qui transforme ce savoir-faire artisanal en atout : « Les Gouttes d’or de la mode et du design ». Créé en 2012, ce collectif rassemble des jeunes créateurs, des stylistes, des designers, des couturiers, des marchands de tissus et d’accessoires. Leur projet est ambitieux : miser sur la production locale de tissus pour en faire une activité de luxe, ouverte aux marchés extérieurs, et dynamiser l’économie du quartier. Le showroom de l’association met en valeur les créations des différents artisans.

Une coopérative vient également de naître à l’adresse des couturiers africains. C’est à la rencontre de l’un entre eux, Fadel Saloum Ould, que Sandra Cominotto emmène le groupe pour clore cette balade. La boutique à l’angle de la rue Affre et de la rue Cave n’affiche pas d’enseigne, mais sa notoriété a franchi depuis longtemps les portes de Paris. Fadel travaille pour des marques comme Chanel, Kenzo, Valerian couture. Il confectionne aussi des costumes pour le théâtre. La coopérative a donné de la crédibilité à son entreprise, déjà sollicitée par des créateurs américains, australiens et canadiens.

Une richesse humaine méconnue

« Ce quartier, réputé pauvre et violent, cache en réalité beaucoup de richesses. Les habitants sont engagés et solidaires. C’est beau à voir », commente Denise Rodrigues à l’issue de la visite. Cette jeune Brésilienne, diplômée en communication de l’université Grenoble Alpes, participe avec assiduité aux sorties de France Alumni. « Je tire mon chapeau à ces initiatives qui nous permettent, en tant qu’étrangers, de mieux comprendre l’histoire et la culture françaises. Cela me donne le sentiment que nous sommes les bienvenus dans ce pays ».

 

Photos © Samuel Cortès/Animal pensant