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Accent circonflexe

Crise aiguë sur un sujet pas bien grave

 

Une vive polémique a fait rage au sujet de la simplification de l’emploi de l’accent circonflexe. Elle avait pourtant été validée par l’Académie française il y a plus de vingt ans. À l’unanimité.

 

« Je suis circonflexe »

Début février, une étrange rumeur s’est répandue sur les réseaux sociaux français : l’accent circonflexe était sur le point d’être banni de la langue de Molière. Une décision prétendument imposée par le ministère de l’Éducation nationale pour faciliter l’apprentissage du français à l’école, et ceci dès la prochaine rentrée scolaire.

La nouvelle a rapidement fait le tour du Web, déclenchant une véritable polémique nationale. « Est-ce qu’on supprime les dates de l’histoire de France, sous prétexte que ce n’est pas facile à retenir, déplorait début février un professeur de lettres classiques sur une chaîne télévisée nationale ? (…) Il est plus simple de casser le thermomètre plutôt que de soigner les difficultés en orthographe que connaissent les élèves d’aujourd’hui ».

« Nivellement par le bas », « décadence culturelle »… Les levées de bouclier se sont multipliées. Un hashtag « #JeSuisCirconflexe » est même apparu sur Twitter : comme si, un an après Charlie Hebdo, c’était au tour de la langue française d’être attaquée par les terroristes !

Polémique à retardement

Après avoir enflammé les esprits, la polémique s’est toutefois rapidement essoufflée. Et pour cause : l’abandon de l’accent circonflexe n’a tout bonnement jamais été à l’ordre du jour.

En novembre 2015, le ministère de l’Éducation nationale avait simplement invité les enseignants à tenir compte des rectifications orthographiques proposées en 1990 par le Conseil supérieur de la langue française. Or ces rectifications, approuvées à l’unanimité par l’Académie française il y a plus de vingt ans, ne préconisent pas de supprimer « à l’aveugle » les accents circonflexes, mais d’accepter leur non-emploi lorsque cela ne crée pas de malentendu.

Ainsi est-il désormais possible d’écrire « île », « naître » ou « paraître » sans accent. Mais il s’agit d’une simple recommandation : dès 1990, l’Académie française rappelait que « les personnes qui ont déjà la maîtrise de l’orthographe ancienne pourr[aient], naturellement, ne pas suivre cette nouvelle norme ». L’emploi de l’accent circonflexe reste toutefois obligatoire pour des mots tels que « dû », « jeûne » ou « sûr » qui possèdent de dangereux homonymes.

Curieusement, le ministère de l’Éducation nationale avait déjà invité les enseignants à utiliser l’orthographe révisée comme référence en 2008, sans pour autant susciter l’ire du public. Que les amoureux de la langue française soient donc rassurés, leur cher « chapeau chinois » a de beaux jours devant lui.