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Langue française

L’art du collage verbal 

 

Un mot-valise résulte de l’emboîtement du début d’un premier mot et de la fin d’un second. Initialement appelé « mot-portemanteau » par l’écrivain anglais Lewis Caroll, ce patchwork verbal permet de créer des termes efficaces et souvent drôles.

 

Coupez la tête, greffez la queue : un jeu d’enfant ?

« Franglais », « pourriel », « beurgeoisie »… ne vous fiez pas à votre correcteur orthographique s’il vous propose « anglais », « courriel » et « bourgeoisie » à la place de ces mots-valises. Parfois référencés dans le dictionnaire, ceux-ci ont bien un sens.

Le mot-valise est un néologisme qui repose sur deux procédés : l’apocope et l’aphérèse. Autrement dit la suppression de la fin ou du début d’un mot. Mais les termes tronqués qui constituent le mot-valise sont reconnaissables grâce à la conservation d’une grande part de leur physionomie lexicale d’origine. Saurez-vous reconnaître les noms communs à la base de « célibattante », « adulescent » ou « alicament » ? Saurez-vous surtout comprendre le sens nouveau qui apparaît à travers ce collage sémantique et orthographique ?

 

Alice au pays des mots-valises

« Mot-valise » est une traduction de « portemanteau-word », inventé par Lewis Caroll dans son roman De l’autre côté du miroir (1871). Notons que le jeu du télescopage lexical se rencontre dans toutes les langues. Saviez-vous par exemple que « brunch » résultait de la fusion de « breakfast » et de « lunch » ? Et « smog », qui désigne le célèbre brouillard londonien, de « smoke » (fumée) et de « fog » (brouillard) ?
Fantaisie langagière, oui, mais pas excentricité : certains mots-valises s’emploient couramment, comme aujourd’hui « bobo », terme très à la mode fabriqué avec les mots « bourgeois » et « bohème ».

 

Un art vieux comme la littérature… et la philosophie ?

[Le mot-valise n’est pas une invention récente. Rabelais, au XVIe siècle, en créait déjà (« hypocritiquement »), ainsi que madame de Sévigné au siècle suivant (« bavardiner ») ou encore Victor Hugo (« foultitude ») et Rimbaud (« patrouillotisme ») à l’époque romantique.

Hybrides, les mots-valises ont toujours eu leur place dans la littérature… et la philosophie. L’un des concepts clés de la déconstruction, théorie élaborée par le philosophe Jacques Derrida, repose sur la combinaison de deux termes : la « différance » rapproche le terme de « différence » et le participe présent de « différer ». Preuve que même les gens sérieux sont persuadés du pouvoir créatif des mots-valises !

 

En savoir plus :

  • « Ralentir, mots-valises ! », Alain Finkielkraut, Seuil
  • « Devinaigrette. Méli-mélo de mots-valises », Alain Créhange, Mille et une nuits