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Rencontre avec Abdessamed Medelfef, Alumni ancien boursier

Entretien avec Abdessamed Medelfef,

 

  • Alumni de l’Université d’Aix-Marseille,

  • Jeune docteur de l’USTHB et de l’Université de Lyon,

  • Bénéficiaire des bourses de coopération algéro-française Profas B+ et PHC Maghreb.

 

 Ce qu’il me reste de la France, ce sont d’abord des rapports humains. Et puis il y a l’aspect matériel et technique de la recherche : au niveau du numérique par exemple, la France a de nombreux avantages..[…] Si j’étais resté en France, tout irait plus vite, ce serait plus facile et j’irais plus loin, peut-être. Mais le choix de l’Algérie est un choix du cœur. J’aurais certes, au départ, voulu faire ma thèse entièrement en France, mais pour rentrer enseigner en Algérie par la suite […]. »

 

Qui est Abdessamed Medelfef ?

Je suis Abdessamed Medelfef, docteur en physique. J’ai 28 ans. J’ai fait pratiquement toute ma scolarité en Algérie. J’y ai passé ma licence en physique énergétique, mon Master en mécanique des fluides. Ensuite, j’ai suivi la procédure Campus France Algérie, pour effectuer un Master de mécanique des fluides et de physique non linéaire à l’Université d’ Aix-Marseille. Depuis, je suis rentré en Algérie et j’ai effectué une thèse en cotutelle entre l'USTHB et l’Ecole Centrale de Lyon.

Qu’est ce qui a motivé votre choix pour la cotutelle de thèse entre l’USTHB et l’Ecole Centrale de Lyon ?

J’avais fait un stage avec un directeur de recherche de l’Ecole, Daniel Henry. On s’est donc arrangé pour passer le concours d’accès à la formation doctorale ici en Algérie et réaliser une cotutelle, entre l’USTHB et l’Ecole Centrale de Lyon. La préparation de la thèse a duré 3 ans et demi, et je viens juste de soutenir ma thèse à la fin du mois de juin.

Pourriez-vous expliquer brièvement votre thème de recherche ?

Mon approche est plus celle de la physique non linéaire. C’est un mélange entre de la théorie des systèmes dynamiques et la mécanique des fluides, en parallèle. Je m’intéresse à ce qu’on appelle la « convection naturelle dans le cadre de la solidification dirigée ». J’ai étudié les mouvements d’un métal liquide dus aux variations de température dans une cavité latéralement chauffée. Ces mouvements de convection se déstabilisent et deviennent oscillatoires. Mon objectif était alors d’aller chercher les points de déclenchement de ces instabilités et leur nature en utilisant la théorie des systèmes dynamiques, et me suis intéressé à leur contrôle par la suite.

Le cadre de la thèse était justement celui d’un projet Franco-Maghrébin PHC dont le thème porte sur la modélisation et le contrôle de la solidification dirigée de type Bridgman.

Pourquoi avez-vous choisi la physique ? Y a-t-il eu hésitation de votre côté ou cela relevait-il de l’évidence ? Quand ce choix s’est-il fait ?

Je me suis senti à l’aise en physique dès les premières années du lycée – c’était clairement une matière faite pour moi, contrairement à la chimie par exemple. Quand j’ai eu mon bac, je me suis orienté directement à l’Université avec l’idée claire de vouloir faire des sciences physiques plus tard. Faire de la physique énergétique, en revanche, est une idée qui m’est venue après : quand on est plus jeune, la physique nucléaire et atomique peut sembler plus spectaculaire. En Algérie, il y a deux troncs communs en L1 qui permettent une orientation vers la physique : Sciences et Techniques (ST) et Sciences de la Matière (SM). En L2, on choisit la physique – et en L3, c’est soit la physique fondamentale, soit la physique énergétique. J’ai fait le deuxième choix. En Master, j’ai choisi la spécialité Dynamique des fluides et Energétique (DFE), qui m’intéressait beaucoup depuis la L2.

Quand avez-vous pris la décision d’étudier en France, qu’est-ce qui vous a poussé à y aller ?

L’idée d’aller étudier à l’étranger et en France en particulier, en raison des rapprochements linguistique et culturel, est l’idée de la plupart des étudiants algériens. C’est souvent une suite naturelle des études universitaires faites ici, en Algérie. L’avantage des études en France est qu’elles permettent de se spécialiser encore plus et d’être en contact direct avec les milieux académiques de recherche et des industriels professionnels.

Est-ce que vous maîtrisiez déjà parfaitement le français avant de partir ? Est-ce qu’on parlait le français chez vous ?

Je viens d’une famille arabophone. Mais mon père lui était francophone, comme il a fait ses études dans les années 1970 et que les cursus étaient tous en français à l’époque. A l’USTHB, tous les enseignements sont en français dès la première année, comme dans toutes les filières techniques et scientifiques du pays. J’ai pris un an de cours à l’Institut Français en 2010, quand mon projet d’aller étudier en France s’est précisé : ça m’a permis d’avoir des bases vraiment solides.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué quand vous êtes arrivé en France, par rapport à l’Algérie ? De manière générale, d’abord, et dans l’enseignement supérieur, ensuite ?

En arrivant en France, comme j’étais installé à Marseille, le choc n’était pas si important… Si je retiens une chose, c’est les différences au niveau de la circulation et des transports. D’abord, j’ai trouvé Marseille très organisée par rapport à Alger … Et puis je suis allé à Lyon, et c’était encore différent et plus organisé par rapport à Marseille !

Maintenant, l’enseignement supérieur : ce qui m’a le plus marqué, c’est l’orientation vers la recherche, qu’on retrouve beaucoup plus en France. Ici, les Masters académiques sont très pédagogiques – on fait peu de recherche, sauf en stage. A Marseille, certains de mes cours étaient beaucoup plus orientés vers la recherche récente, on les mettait à jour en y incluant de nouvelles avancées scientifiques récemment publiées etc…

Que vous a apporté le PHC ? Et le PROFAS B+ ? Selon vous, quels sont les points forts et les points faibles des programmes ?

Quand j’ai commencé ma thèse, j’avais besoin d’un financement pour la cotutelle, et la bourse PROFAS B+ était la meilleure solution. J’ai eu droit à 16 mois de bourse : j’ai alors pu commencer ma cotutelle, entre la France et l’Algérie. Une année après, les équipes de recherche auxquelles j’appartenais ont postulé pour un projet PHC-Maghreb : on était un des projets favoris, comme on avait déjà deux cotutelles et des publications en commun.

Concernant les points positifs du programme, je pense d’abord à l’interaction humaine. Les déplacements de chacun, sur un mois par exemple, étaient l’occasion de voir les avancements respectifs. Ce qui était bien avec le PHC Maghreb, c’est qu’il m’a permis de rencontrer des voisins tunisiens et marocains : la coopération universitaire au Maghreb se fait habituellement dans un sens vertical (vers la France et l’Europe), et peu avec les autres pays du Maghreb. Au niveau scientifique et humain, c’est un point très important. Autrement, le côté financier est essentiel : on a de l’argent en France pour soutenir la recherche. J’ai pu acheter des livres là-bas avec le soutien du PHC par exemple et j’ai bénéficié de plusieurs séjours de recherche aussi.

Pour les points faibles : avoir le billet pour le déplacement demande souvent beaucoup de temps. Au niveau logistique, au Maghreb en tout cas, on souhaiterait que les choses aillent plus vite. Autre chose : toutes les réunions auxquelles j’ai assistées ont eu lieu en France, et ça me semblerait plus équitable de faire des réunions au Maroc, en Tunisie, en Algérie, aussi.

 

                   

 

Rétrospectivement, quel avantage comparatif a pu vous apporter votre passage en France ? Et par contraste, si vous deviez souligner les forces et les faiblesses de l’enseignement supérieur en Algérie, quelles seraient-elles ?

Ce qu’il me reste de la France, ce sont d’abord des rapports humains. Et puis il y a l’aspect matériel et technique de la recherche : au niveau du numérique par exemple, la France a de nombreux avantages.

La force de l’université en Algérie, c’est qu’elle est généraliste. Après 1 an de tronc commun et 4 ans de sciences physiques et de mécanique des fluides, j’avais des connaissances étendues et solides. Mais l’enseignement reste trop académique : on ne sort pas du cadre universitaire. C’est un problème dans un domaine qui touche aux sciences de l’ingénieur – On ne voit les applications qu’en fin de master. En France, j’ai pu combler ce manque.

Si vous aviez entièrement le choix, à présent, qu’est-ce que vous choisirez, entre une carrière en France et une carrière en Algérie ?

Sans hésiter, une carrière en Algérie. Si j’étais resté en France, tout irait plus vite, ce serait plus facile et j’irais plus loin, peut-être. Mais le choix de l’Algérie est un choix du cœur. J’aurais certes, au départ, voulu faire ma thèse entièrement en France, mais pour rentrer enseigner en Algérie par la suite.

Beaucoup de profils comme le mien, des amis à moi par exemple, ont choisi de rester travailler en France ou en Europe. Ça reste néanmoins un choix qui tient compte de leur avenir et de la situation que vit notre pays depuis plusieurs années maintenant.

Comment envisagez-vous la suite, votre avenir en Algérie, au niveau professionnel ? 

En tant que boursier de l’Etat algérien, je bénéficie d’un recrutement direct. J’aurai un poste de maitre-assistant stagiaire d’un an, et je passerai maître de conférences après ma nomination. Après cela, l’objectif est d’obtenir l'HDR - Habilitation à diriger les recherches, ce qui donne accès au rang magistral. Ici, 5 ans après l’HDR, on peut déposer un dossier pour être promu au grade de Professeur. Ce n’est pas le cas en France : il faut postuler pour des postes bien particuliers.

Concernant la faculté d’exercice, je pense rester à l’USTHB. Je serai peut-être amené à aller enseigner dans des Ecoles (d’ingénieur) ou dans d’autres universités, mais dans tous les cas, je continuerai à faire de la recherche à l’USTHB.

 

         

L’enseignement vous tient-il beaucoup à cœur ?

J’ai commencé à enseigner à l’âge de 24 ans à l’Université – dès mon entrée en thèse. J’aime beaucoup cela : c’est toujours l’occasion de voir les choses différemment et d’entamer de nouvelles réflexions. Quand je délivre à mon tour l’enseignement que j’ai reçu étant plus jeune, j’essaye de simplifier tout en gardant les principes et ses aspects fondamentaux de la physique.

Quand j’étais étudiant, j’étais souvent noyé dans des équations qui n’étaient parfois pas nécessaires et qui compliquaient les choses. Ça nous faisait peur, plus qu’autre chose ! Je pense, à mon avis, qu’il faut savoir s’adapter aux jeunes qui sortent fraichement du lycée.

Un message d’encouragement pour les étudiants d’Algérie qui veulent aller étudier en France

Faites ce que vous aimez et travailler dur pour l'obtenir – c’est comme ça que l’on réussit.

Autre chose, à propos de la mobilité : les bourses PROFAS ont été arrêtées, il y a quelques années. Puis vers 2014, même si elles ont été réintroduites, peu d’étudiants postulaient par rapport à aujourd’hui. Les doctorants n’avaient pas forcément conscience de l’existence de ces bourses. Mais à présent, je vois une augmentation exponentielle des candidats : j’encourage toujours les étudiants à postuler. En dehors du PROFAS, il y a le Programme National Exceptionnel (PNE), les bourses ERASMUS… Autant d’opportunités offertes aux jeunes à l’Université. Les étudiants algériens aujourd’hui n’ont bien souvent pas conscience de l’ampleur de ces possibilités !

 

Interview réalisée par Tom LEMAIRE, étudiant à l’Ecole Normale Supérieure de Paris