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Alumni Santé : Histoire des vaccins

Soirée Alumni Santé du 12 mai 2016

 

Pour celles et ceux qui n’auraient pas pu participer à la soirée Alumni Santé organisée par le réseau le 12 mai 2016 à l'Institut français du Cambodge, voici un compte rendu succinct afin que vous ne perdiez rien des échanges qui se sont tenus ce soir-là.

Ci-dessous la conférence donnée par le Docteur Anne-Marie Moulin sur l'histoire des vaccins.
Pour accéder au compte-rendu de la table ronde sur les métiers de santé au Cambodge, cliquez ici.

 

 

Conférence : « Vaccins : histoires, challenges et enjeux »

 

Poursuivant le propos développé sur les métiers de santé dans la table ronde, le Dr. Anne-Marie MOULIN a entamé sa conférence en revenant sur son parcours. Après son internat, le docteur Moulin s’est tournée vers la recherche, et en particulier vers la médecine tropicale. Cette spécialité lui apparaissait comme une médecine globale (car elle nécessitait une connaissance du milieu, de la culture, du climat, etc.). Mais avant de devenir médecin et chercheuse, elle avait obtenue agrégation ainsi qu’une thèse en philosophie. Cette double formation initiale lui a conféré, a-t-elle dit, une approche originale, à mi-chemin entre les sciences de la santé et les sciences sociales.

Et c’est avec cette approche qu’elle a présenté l’histoire des vaccins ; un sujet qui n’est pas encore complètement résolu et qui se trouve au croisement des sciences de la santé et des sciences sociales.

 

L’Asie Sud-Est a eu une grande importance dans l’histoire de la vaccination. Cette pratique trouve en effet ses sources dans la variolisation : prélèvement d’un peu de pus d’un bouton de variole ou d’une petite croute pour injection sur un patient dans le but de lui transmettre une variole bénigne et ainsi l’immuniser. La variolisation remonterait au 10ème siècle.

 

La pratique a évolué avec le temps. L’inoculation à l’aiguille a été inventée quelques siècles plus tard par des femmes en Chine.  Il est possible que cette méthode de variolisation ait trouvé son origine dans le nettoyage des pustules de patients varioleux en les crevant avec des aiguilles d’acuponcture. Ces aiguilles, réutilisées par la suite pour de l’acuponcture, transmettaient une charge virale minime de variole et protégeaient ainsi contre la prochaine épidémie. Les femmes pratiquaient en effet l’acuponcture à l’époque mais étaient interdite de se mêler de médecine. Il s’agit peut-être ici de la première invention féminine en médecine !

 

La variolisation a également eu une dimension religieuse au cours du temps. De nombreux témoignages de variolisation en lien avec la spiritualité existent en Chine, au Japon ou en Inde, et impliquaient des moines, des temples, des démons, des divinités, etc…

 

Plus tard, l’arrivée de la variolisation en Europe est attribuée à Lady Montagu, ambassadrice anglaise à Constantinople, qui rapporte les deux techniques (inoculation à l’aiguille et croutes broyées administrées par voie respiratoires) en Europe en 1715. Les premiers tests ont alors lieu sur des prisonniers condamnés à mort, sur ordre du roi. Par la suite, en1798, le Docteur Edward perfectionne la technique en substituant aux croutes et au pus de la variole le pus de la vaccine, maladie de la vache. Celle-ci présentait l’avantage d’être moins dangereuse que la variolisation, qui pouvait parfois dégénérer en vraie variole.

 

Aujourd’hui, on utilise le « vaccin » pour inoculer des « virus vivants atténués ». Ce nom a été donné à la technique par Louis Pasteur en honneur du vaccin du Dr Edward.

La vaccination est arrivée en Asie du Sud-Est avec la colonisation. Elle a été en compétition avec des techniques traditionnelles, dont la variolisation et a tout d’abord été vue comme une technique coloniale. C’est pourquoi la variolisation s’est maintenue très longtemps en Asie du Sud-Est et continentale. Dans les années 60 et 70, une campagne d’éradication de la variole dans le monde a été menée par l’OMS. Celle-ci a été un grand succès puisque le virus a été totalement éradiqué. L’OMS a essayé de reproduire cela par la suite.

Il faut savoir que l’éradication de la variole s’est faite d’une manière assez originale. En effet, elle a été rendue possible grâce à un vieux vaccin, qui était imparfait et qui entrainait des encéphalites chez un pourcentage non négligeable de patients. On a donc éradiqué la variole avec un vaccin imparfait, et avant la biologie moléculaire d’aujourd’hui. Cependant, même avec notre technologie de pointe et des vaccins sûrs, on n’est jamais arrivé à reproduire ce succès.

 

Et l’histoire mouvementée des vaccins ne se limite pas à cette singulière anecdote. Elle s’est bien souvent heurtée à des obstacles scientifiques, industriels, légaux et réglementaires, logistiques, ou d’acception par les populations. En plus de cela, il y a parfois eu des accidents de parcours, comme le drame de Lübeck, en 1929-1931, où un vaccin contre la tuberculose avait été, avant administration, contaminé par des bacilles de tuberculose. Ce qui devait être une campagne de vaccination préventive dans la ville de Lübeck a tourné à la catastrophe sanitaire, ce qui a donné lieu au premier grand procès médical de l’Histoire ; une affaire qui a marqué l’histoire et la géographie des vaccins.

 

A propos d’histoire, si l’on considère le temps long, peut-on dire que les vaccins ont eu un impact significatif sur le recul des grandes maladies ? Bien des facteurs ont participé au recul de la mortalité en Europe : accès aux soins, hygiène, éducation, etc… Quelle part ont donc joué les vaccins dans ces progrès ?

 

Une étude récente montre que l’impact des vaccins a été décisif à partir du moment où il y a eu des campagnes de masse de vaccination. Mais il ne suffit pas d’avoir un vaccin, il faut que celui-ci soit accessible à une grande partie d’une population donnée, et pour un prix raisonnable. Les facteurs qui permettent donc à un vaccin d’être efficace excède donc, et de loin, le champ de la médecine ou de la recherche.

Jonas Salk invente le terme de vaccionologie pour désigner toutes les disciplines qui interviennent dans le parcours d’un vaccin, de sa conception à son succès sur le terrain : médecine, recherche, sociologie, économie, géographie, etc.).

 

Et en effet, l’histoire d’un vaccin dépend fortement de l’environnement dans lequel il évolue. Avant les années 80, le vaccin contre l’hépatite B avait une double spécificité qui le rendait particulièrement intéressant : d’une part il permettait aussi de lutter contre le cancer ; et d’autre part, c’était un vaccin plasmatique, fait avec des substances prélevées sur les patients. Il était très efficace et très bon marché car pris sur les malades. Mais le VIH est arrivé et sa production a été arrêtée en raison des risques de transmission du sida par le bias du plasma prélevé. Le vaccin d’aujourd’hui coûte bien plus cher et n’est donc pas accessible pour les pays les plus pauvres.

 

En plus de prix parfois élevés qui empêchent de fait certaines populations d’accéder à la vaccination, il manque encore certains vaccins, comme celui contre la lèpre par exemple. Afin de permettre à toujours plus de personnes d’être protégées contre les maladies, plus de recherche est nécessaire. Cette recherche est aujourd’hui principalement menée et ses résultats commercialisés par quelques grands groupes pharmaceutiques. Aussi, quand ils arrivent sur les marchés, certains nouveaux vaccins sont extrêmement onéreux.

 

De la variolisation aux groupes pharmaceutiques, le vaccin est passé de l’arme du pauvre, prélevée sur le malade, a une arme de riche, élaborée en laboratoire grâce à de la micro-biologie et des techniques de pointe.

Actuellement, il s’agit de déterminer quels sont les vaccins dont les populations ont besoin. Il y a beaucoup de vaccins aujourd’hui, mais il en manque encore certains importants comme un vaccin contre le VIH, la dengue, les méningites, etc. Il convient de focaliser les efforts et la recherche sur les besoins des populations les plus exposées. Car, comme l’ont rappelé les intervenants de la table ronde, recherche et médecine sont imbriquées l’une à l’autre. Il reste encore beaucoup à comprendre sur les vaccins, et donc beaucoup de recherche à effectuer pour créer ces nouveaux savoirs.

Toutefois, il faut se rappeler que les vaccins ne sont qu’un des outils des politiques publiques de santé, c’est pour cela que les métiers de santé sont aussi divers, avec des composantes de recherche, clinicienne, et aussi profondément humanistes.