s'inscrire / se connecter

Sites pays et partenaires

Membres :
0 200 500 1000 2000 5000 10000+
LANGUE FRANÇAISE : NOUVEAUX ENJEUX, NOUVEAUX TERRITOIRES

Laboratoire de la francophonie, engagement en faveur de la maîtrise du français, enrichissement de la langue… A la veille de la Semaine de la langue française et de la francophonie, nous revenons sur les nouveaux territoires du français.

 

Aujourd’hui, la langue française est au cœur de tous les enjeux. Enjeu d’un espace francophone élargi, reflet d’une diversité culturelle en constant renouvellement. Enjeu d’innovations, destinées à répondre aux défis d’internet et des réseaux sociaux. Enjeu, également, de cohésion territoriale, avec un engagement fort en faveur d’une plus grande maîtrise du français. « Notre langue est essentielle à notre pacte républicain et à la cohésion sociale », a résumé, le 12 février, le ministre de la Culture. A la tête de la délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), Paul de Sinety, revient sur les nouveaux territoires de la langue. 

« La langue française est un bien commun exceptionnel », a affirmé Franck Riester, au moment de l’installation de de la Commission d’enrichissement de la langue française, en février. En quoi cette commission apporte-t-elle un rajeunissement de notre langue ?

Grâce à la Commission d’enrichissement de la langue française (CELF), plus de 250 nouveaux termes font leur apparition chaque année dans le Journal Officiel pour dire la modernité du monde contemporain. Cet apport de sang neuf est un bon exemple du renouvellement de notre langue. La spécificité de la CELF est de valider un certain nombre de propositions faites par un réseau d’experts, dont il convient de saluer l’extraordinaire engagement, regroupant 500 membres bénévoles, associant des hauts fonctionnaires et des professionnels issus d’un large éventail de secteurs. Cette activité est coordonnée par la DGLFLF qui a pour mission, entre autres, de mettre en œuvre des dispositifs de terminologie qui sont essentiels pour notre langue et notre société. Il est intéressant à cet égard de constater que la modernité appelle sans cesse à désigner le monde de manière renouvelée.

L’accès à la culture dépend d’une bonne maîtrise du français, première étape indispensable et sans laquelle rien n’est possible

D’autres initiatives vont dans ce sens. On pense au travail que mène l’Académie française autour de la féminisation des noms de métiers, par exemple.

L’Académie française est un partenaire privilégié dans nos travaux. Mais elle intervient aussi sur de nombreux autres aspects de notre langue concernant la norme et l’usage. La DGLFLF, quant à elle, a pour mission de faire un travail d’équivalence terminologique à partir de nouveaux termes provenant de langues étrangères (et d’une très large part de la langue anglaise) pour que le français soit en phase avec notre monde dans ses domaines les plus techniques et scientifiques.

La langue est également un facteur extraordinaire de cohésion sociale. En quoi consiste l’appel à projet « Action culturelle et langue française » dont la reconduction à hauteur d’un million d’euros vient d’être annoncée pour l’année 2019 ?

L’un des grands enjeux au sein de la DGLFLF est non seulement de dire le monde contemporain à travers une langue adaptée, mais également d’accompagner l’ensemble des territoires de la République vis-à-vis des citoyens qui se sentent délaissés et qui n’ont pas forcément l’habitude d’accéder à la culture. C’est là tout l’enjeu de cet appel à projet qui, à travers le tissu majoritairement associatif, soutient plus de 150 projets chaque année. La langue permet à chacun d’exprimer ses opinions comme ses émotions. L’accès à la culture dépend donc d’une bonne maîtrise du français, première étape indispensable et sans laquelle rien n’est possible.

Lors du Sommet de la francophonie à Erevan en octobre dernier, le Président de la République a rappelé que le français serait parlé par près de 700 millions de locuteurs au milieu du siècle. Cette francophonie, qui sera « une force dans la mondialisation », va désormais avoir un lieu dédié, Villers-Cotterêts. En quoi ce projet va-t-il dynamiser la francophonie ?

Villers-Cotterêts est un très beau symbole. C’est en effet dans ce lieu, destiné à devenir un espace international de la création, de l’innovation et de la recherche sur la langue française, qu’a été signée, sous François 1er, l’ordonnance instituant le français pour la signature des actes administratifs. Ce projet de Cité internationale de la langue française, dont le Centre des monuments nationaux assure la mise en œuvre, est une réelle opportunité pour faire prendre conscience à tous nos concitoyens de la diversité extraordinaire des cultures francophones. C’est également l’occasion de mettre en œuvre, dans un contexte socio-économique difficile, des projets culturels et linguistiques à l’attention des populations les plus vulnérables. 

A côté du projet de Villers-Cotterêts, notre objectif partagé avec la direction générale de la création artistique est de mettre en réseau l’ensemble des acteurs de la francophonie. Des pôles de référence francophones ont été suggérés et sont en cours de constitution. Je pense notamment à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon ou au Festival des francophonies en Limousin.  Il me semble que, là aussi, il y a une vraie chance à saisir.  Les publics issus de la diversité, qui peuvent se sentir aujourd’hui délaissés par une offre culturelle « plus classique », ne seraient-ils pas davantage réceptifs à une offre francophone ou ultra-marine de qualité, venue d’ailleurs, en dehors de l’Hexagone ?

Le projet de Cité internationale de la langue française est une réelle opportunité pour faire prendre conscience à tous nos concitoyens de la diversité extraordinaire des cultures francophones

L’innovation est au cœur du projet de Villers-Cotterêts…

C’est, en effet, l’un des moteurs de ce projet. L'innovation est également au cœur de nos activités. Dans la feuille de route que m’a confiée le ministre de la Culture, il y a le défi de réinvestir la Toile et les réseaux sociaux à partir de la problématique linguistique, de renforcer notre coopération avec nos partenaires francophones, sur le sujet de la « découvrabilité » avec le Québec en premier lieu, et de réfléchir à la place du français dans le monde des sciences. Sur la question numérique, pourquoi ne pas imaginer un grand jeu international en ligne concernant la langue française ? Pourquoi ne pas s’appuyer sur un réseau d’influenceurs de la langue française qui pourrait en donner une image dynamique ? Enfin un dictionnaire des francophones verra bientôt le jour ; il réunira, sur une plateforme dédiée, la grande diversité des mots de langue française, en provenance du monde entier.

 

Nous avons aussi le dessein de travailler sur la question de l’intelligence artificielle, en particulier sur les programmes qui pourraient faciliter la circulation des savoirs, des idées et de la traduction. C’est un enjeu crucial pour la mise en œuvre d’une offre européenne plurilingue. L’innovation et le numérique sont des pistes passionnantes, à même de répondre de manière pertinente aux défis de la construction européenne. Tant que le citoyen européen n’aura pas la conscience de pouvoir s’exprimer en étant compris dans sa propre langue, le projet d’une Europe de la culture ne pourra pas – me semble-t-il – avancer avec autant d’efficacité qu’on le souhaiterait. La mise en œuvre d’un Forum international ambitieux sur l’innovation au service de langues d’Europe pourrait être réalisée, dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, début 2022, en étroite concertation avec les autres ministères concernés (ministères de l’Europe et des Affaires étrangères, mais aussi de l’Éducation nationale).

 

Tant que le citoyen européen n’aura pas la conscience de pouvoir s’exprimer en étant compris dans sa propre langue, le projet d’une Europe de la culture ne pourra pas avancer avec autant d’efficacité qu’on le souhaiterait

 

Vous parliez tout à l’heure d’un rajeunissement du français. La sensibilisation et la diffusion sont-ils un autre volet de ce renouvellement ?

À côté du formidable travail réalisé par la Commission d’enrichissement de la langue française que préside l’académicien Frédéric Vitoux, l’autre grand défi sera de mieux diffuser l’emploi de la langue française auprès de nos concitoyens comme d’un certain nombre de « milieux prescripteurs ». Notre base de données France Terme doit être repensée dans cette perspective. L’enjeu est de faire comprendre notamment aux médias, aux publicitaires et au monde du travail, la responsabilité qui est la leur en matière d’emploi du français. Mais encore faut-il qu’ils se sentent davantage concernés et qu’ils soient mieux informés. Nous souhaitons ainsi mettre en place des applications et outils numériques à destination de ces publics afin qu’ils puissent utiliser de la meilleure façon l’ensemble des termes en français.

L’anglicisme généralisé, qui rajoute un risque de fracture linguistique au risque de fracture sociale du pays, est un phénomène singulier, bien qu’ancien - et c’est d’ailleurs très drôle quand on lit déjà dans La Recherche le snobisme angliciste de certains personnages que Proust ridiculise. Aujourd’hui, nous devons être le seul pays francophone à nous adresser à nous-mêmes dans une autre langue que la nôtre… Est-ce par désamour de soi, par manque de confiance ? Mais je salue de belles initiatives, émanant de nombreux jeunes artistes, auteurs et créateurs d’expression française ainsi que des acteurs de la société civile qui me font croire que le soleil de notre langue reluira pleinement.

En 2019, nous fêtons les 25 ans de la loi Toubon qui garantit l’emploi de notre langue. Nous devons beaucoup à cette loi. Un grand nombre d’élus en ont conscience et y sont très attachés. Ce sera, avec eux, l’occasion d’engager un nouveau dialogue au sein du Parlement : pourquoi ne pas proposer un rendez-vous, annuel, au sujet de la langue française et des langues de France qui permettrait de débattre, entre élus, afin de mieux identifier encore les priorités linguistiques de nos territoires ? Ne l’oublions pas, le ciment de notre pays, c’est notre langue ! C’est ainsi que l’exprime notre Constitution : « la langue de la République est le français » (art. 2). Et il revient à la DGLFLF, placé sous l’autorité du ministre de la Culture, de coordonner, pour le gouvernement, la politique linguistique. Notre mission s’inscrit dans un cadre interministériel.

« Les jeunes écrivains, artistes et créateurs, chanteurs, rappeurs, slameurs, en France et dans le monde, savent [que le français est notre bien commun], le disent, le montrent », souligne Franck Riester, en ajoutant : « Parce que c'est l'affaire de tous, soyons fiers de notre langue ! ». La langue est en effet l'objet du partage par excellence...

La question de l’exemplarité est en effet essentielle. L’emploi du français, quelles que soient les circonstances dans lesquelles on est amené à s’exprimer, a fortiori dans les enceintes internationales où le français est langue officielle, dépend de chacun d’entre nous. C’est notre responsabilité collective. Le ministre, qui souhaite placer l’exemplarité et la responsabilité au cœur de son projet, nous y encourage. 

 

Sensibilisation : les temps forts de la Semaine de la langue française 

Alors que la Semaine de la langue française et de la francophonie, conçue par le ministère de la Culture, débute samedi 16 mars, Paul de Sinety revient sur les ambitions de cette vaste opération nationale de « sensibilisation » au français. « Riad Sattouf nous fait l’honneur d’être le parrain de la Semaine. Ce formidable auteur de romans graphiques, originaire de Syrie, s’exprime dans une forme et un genre inattendus. Il représente un beau symbole d’une création de langue française ouverte sur le monde et qui nous enrichit ! Nous allons bénéficier de ses interventions notamment lors de la classe de maître qui sera organisée au grand auditorium de Radio France qui sera un des grands moments de cette semaine ». Parmi les autres temps forts, Paul de Sinety a mis l’accent sur la création d’un prix concernant le concours « Stop aux Infox ! » « Avec l’Union francophone et un certain nombre de partenaires francophones (France Médias Monde, TV5, l’ARPP, France Télévision…), nous lançons un prix à destination de jeunes talents francophones du milieu de la publicité sur le thème des intox. Les élèves lauréats du concours « dis-moi dix mots » seront également reçus à l’Académie française et un concours d’éloquence sera organisé en présence du ministre. Un forum dédié à l’action culturelle et à la maîtrise du français dans les territoires réunira de nombreux acteurs Rue de Valois. Enfin, Romanica le premier jeu vidéo en ligne sur les langues romanes, mis en œuvre par le ministère et l’Organisation internationale de la Francophonie, sera  également lancé… Des milliers  de manifestations auront lieu à Paris et en région, mais aussi, le 20 mars lors de la journée de la francophonie, dans l’ensemble des pays francophones avec le concours de l’OIF »