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Biennale d’art de Lyon

Une vision du « moderne »

 

Avec pour titre « La vie moderne », la 13e biennale d’art de Lyon met en lumière les contradictions du monde contemporain.

Interrogations sur le moderne

Sous le signe du « moderne ». C’est ainsi que s’est ouverte la 13e édition de la Biennale d’art contemporain de Lyon. Mégalopoles inhumaines, flux d’information insaisissable, technologies absurdes, déchets non périssables… les 300 œuvres sélectionnées pour cette exposition intitulée « La vie moderne » évoquent un univers loin d’être rose.

Les contributions des soixante artistes exposants forment une mosaïque critique du monde contemporain souvent perçu comme tumultueux, cacophonique et chargé de contradictions… mais qui n’est pas dépourvu d’une certaine forme de poésie. Il y a un peu de Jacques Tati dans cette fascination pour l’absurdité des technologies dernier cri.

L’art dans le contemporain

Les familiers de l’œuvre de Michel Blazy ne seront pas surpris de retrouver des déchets technologiques confrontés à la matière vivante dans le hall de la Sucrière. Cet artiste français, qui s’intéresse au caractère précaire des objets, détourne nos ordinateurs pour les transformer en jardinières ou fait pousser des végétaux dans nos chaussures de marque. La récupération est aussi au centre de l’œuvre de Mike Nelson, qui expose telles des reliques des pneus crevés et déchirés ramassés sur l’autoroute A7.

Sur le thème des bouleversements technologiques, Camille Blatrix sonde le rapport ambivalent que nous entretenons avec les objets connectés. Dans une vision futuriste et décalée, il présente son « distributeur de billets parlant de la tristesse du monde ». Une machine sentimentale qui fait la conversation à ses utilisateurs. Céleste Boursier-Mougenot explore, quant à lui, la dimension invisible des nouvelles technologies en mettant le travail silencieux des ondes au cœur de la création artistique. Le cercle électromagnétique exposé par l’artiste niçois, est sensible à celles que dégagent les téléphones portables. Au centre de ce cercle, il a placé une batterie de musique et des noyaux de cerise séchés. Lorsque le visiteur approche l’installation avec son mobile à la main, les ondes électromagnétiques projettent les noyaux de cerise sur les caissons de la batterie, qui produisent ainsi une musique aléatoire.

Jeunesse et fraîcheur

Plutôt que des têtes d’affiche, le commissaire de l’exposition Ralph Rugoff a opté pour une majorité de jeunes artistes « qui ne cherchent pas à faire de leurs œuvres des déclarations ou des prises de position définitives, mais qui tentent d’entamer des dialogues potentiels, souvent en ébranlant nos convictions et nos manières de voir habituelles », déclare-t-il dans sa présentation de la Biennale.

Connu pour son goût de l’inattendu et de l’inédit, Ralph Rugoff a privilégié les œuvres créées spécialement pour cette édition : de fait, 65 % des artistes qui y sont présents ont reçu des commandes.

Interactivité artistique

Autre prise de position de Ralph Rugoff, par ailleurs directeur de la Hayward Gallery à Londres : un cinquième des artistes exposants sont français. La Biennale d’art de Lyon aspire à renforcer son identité et à se singulariser parmi la multitude d’événements du même genre.

De fait, le cadre dans lequel la Biennale prend place en constitue l’une des thématiques. Beaucoup d’œuvres ont pris pour point de départ la situation historique de la métropole lyonnaise. Les visiteurs locaux se voient proposer des points de vue originaux sur leur ville : cela les amène à s’interroger sur leur univers familier. « J’ai toujours accordé beaucoup d’importance à l’affirmation de Marcel Duchamp selon laquelle le spectateur est responsable pour moitié du contenu d’une œuvre d’art », déclare Ralph Rugoff.

L’importance accordée au spectateur dans le geste artistique ne s’arrête pas là. Cette année, deux concours s’ouvrent au public. Le premier sélectionnera les meilleurs clichés photo sur le thème de « la vie moderne » : ils seront exposés dans le catalogue numérique de la Biennale. Le second est un concours de nouvelles sur le même thème : les trois meilleures paraîtront dans le magazine Télérama.

Crédits photographiques :

La Lettre d’Alison pour Victor, Camille Blatrix © BaliceHertling

Pull Over Time, Michel Blazyn © Dorine Potel, ADAGP, Paris 2015