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Me Josselin et le droit à la santé

ATTENTION : Les opinions qui sont exprimées dans cet article ne reflètent en aucun cas l’opinion de la France, de l’Ambassade de France en Haïti ou des administrateurs de la plateforme. Seule la qualité de la réflexion et sa capacité à susciter le débat parmi les Alumni lui ont permis d'être sélectionné et publié dans

cette rubrique.

Me JOSSELIN Joseph Rénald, Alumni spécialiste en Droit Social partage son opinion sur :

 

LA PROBLEMATIQUE DU DROIT DE LA SANTE EN HAÏTI :

UN GRAND DEFI POUR LA 50ème LEGISLATURE

 

Le problème du droit de la santé en Haïti semble ne pas être la priorité des autorités haïtiennes. Alors que le nombre de victimes continue de s’accroître, des médecins professionnels travaillent dans l’irrespect de la santé humaine. Tous agissent avec désinvolture au mépris du droit à la vie des citoyens qui est une violation flagrante de l’article 19 de la Constitution de 1987 section A qui stipule : « L’Etat a l’impérieuse obligation de garantir le droit à la vie, à la santé, au respect de la personne humaine, à tous les citoyens sans distinction, conformément à la Déclaration universelle des droits de l’homme ». En France par exemple, un médecin ne restera jamais impuni sous prétexte qu’il est en grève s’il laisse mourir sous ses yeux un patient en difficulté.

« …Prendre au sérieux la vie des citoyens en réservant aux pharmaciens licenciés le droit de commercialiser un médicament. »

Aujourd’hui en Haïti, le niveau de dérive est tellement élevé, n’importe qui se transforme en un pharmacien ambulant, en créant sa propre boutique de comprimés au détriment de la vie de la population et en violation des règles d’éthique régissant la matière. La commercialisation des médicaments à travers les rues au vu et au su des autorités sanitaires au détriment de la population la plus vulnérable ne nuit à personne.

Toute personne qui commercialise un médicament, alors qu’elle n’a pas la qualité de pharmacien, s’expose à une sanction civile pour les préjudices causés au consommateur victime et également à une sanction pénale pour délit d’exercice illégal du métier de pharmacien. En revanche, il revient aux autorités compétentes de prendre au sérieux la vie des citoyens en réservant aux pharmaciens licenciés le droit de commercialiser un médicament.

« …Dénoncer ce genre de dérive dans notre société. »

Nous avons un ami médecin, avec qui nous étions en pourparler sur la nécessité de doter le pays d’un code de la santé publique, il nous a répondu de façon très laconique et ironique « Combien l’État paie un médecin ».

Comme a dit l’expression latine « Nullum crimen sine lege » pas de peine sans loi, un médecin dans l’exercice de sa profession qui a commis une maladresse ou une négligence qui entraine la mort d’un patient même pour homicide involontaire, devrait être puni conformément à la loi pénale. Les organisations de défense des droits humains ne sont jamais montées au créneau pour dénoncer ce genre de dérive dans notre société. A contrario nous continuons de nous plaindre (parents victimes) en silence de la disparition de nos êtres chers.

« La corporation médicale a grand besoin de s’organiser. »

La corporation médicale a grand besoin de s’organiser. Et la création du conseil de l’ordre du médecin deviendra de jour en jour une obligation pour les professionnels de la santé. Quel rôle joue donc l’association des médecins haïtiens (AMH) ? Est-ce défendre les bonnes conditions de travail de ses pairs uniquement, ou planifier les arrêts de travail de façon intempestive et inopportune dans les hôpitaux du pays ?

Nous avons eu la chance de converser avec un médecin résident d’un hôpital du pays, qui accepte de nous accorder certaines informations. Selon lui, il existe une proposition de règlement qui régit la profession médicale. A contrario, l’absence d’une structure existante empêche la mise en œuvre.

« C’est une honte aux yeux de la société et du monde entier.»

En outre, la mort récente du journaliste de la télévision nationale nous prouve qu’un médecin dans l’exercice de sa profession peut laisser trépasser sous ses yeux la vie d’une personne en danger sans violer la moindre règle d’éthique ou déontologique médicale. C’est une honte aux yeux de la société et du monde entier. La vie de nos semblables n’a aucune importance, alors la vie des animaux dans d’autres pays est précieuse. Nous saisissons cette occasion pour partager avec vous chers lecteurs, un article intéressant qui s’intitule : « Un pilote sauve un chien ».

Simba, un bouledogue français, voyageait dans la soute d’un avion au cours d’un vol reliant Tel-Aviv à Toronto. Le pilote s’est rendu compte que le chauffage de la soute ne fonctionnait pas normalement, la température devant être de 10oc minimum lorsque des animaux voyagent, selon les règles de sa compagnie.

Alors que l’avion s’apprêtait à survoler l’Atlantique, et que la température allait donc baisser de plusieurs degrés dans la soute, le pilote d’Air Canada a décidé d’effectuer une escale à Francfort afin de changer d’avion et de sauver le chien de l’hypothermie. Car Simba, le bouledogue français âgé de sept ans, n’aurait pas pu survivre à cette traversée de plusieurs heures au-dessus de l’océan. Si le détour a fait perdre 75 minutes aux passagers et 10,000 dollars de carburant à la compagnie, le chien est arrivé sain et sauf à l’aéroport Pearson au Canada pour le plus grand bonheur de son propriétaire.

Ils sont nombreux à travers les hôpitaux du pays des médecins qui se comportent comme de simples observateurs, laissant mourir un patient dans une salle opératoire par manque de matériels. Dans les autres pays, la première obligation du médecin c’est de donner la vie à la personne en danger, comme c’est le cas en France là où nous avons vécu pendant un certain temps. Quand une personne a un problème de santé, ce qui intéresse le vrai médecin professionnel, c’est donner la vie à la personne en danger, tandis que chez nous c’est le contraire : vous êtes déjà mort si vous n’avez pas d’argent.

« Combien de médecins qui après une faute grave commise dans l’exercice de leur profession, se voient pénalisés ? »

Nous vous rapportons un fait survenu à l’hôpital […]. Il s’agit d’une dame qui allait mettre au monde un bébé. L’infirmière de service lui a demandé d’aller faire un petit tour sur la cour de l’hôpital. Malheureusement au cours de cette promenade, le bébé est sorti de la matrice de sa mère et est tombé à même le sol. Dans un autre pays, un tel événement équivaut à la révocation pure et simple de l’infirmière négligente. Le niveau d’irresponsabilité est trop élevé chez nous. Une théorie très mal apprise sur la maternité par cette infirmière, et, dans la pratique, aurait des conséquences néfastes sur sa tête en premier. Et ceci, avec toutes les conséquences que cela peut entrainer sur l’avenir de cet enfant.

Malgré les multiples interventions des organisations de la défense des droits humains, rien n’a été fait sur le cas de trois patients qui ont été opérés plusieurs fois [dans un hôpital]. En guise de solution à leurs problèmes ; ils ont quitté l’hôpital avec des infirmités graves. L’organisation dénommée « Action concertée pour la promotion et la défense des droits humains (ACPRODDH) dans sa mission d’accompagner les personnes victimes d’abus de toutes sortes a dû saisir le ministre de la Justice et de la Sécurité publique sur le cas de ces trois personnes […].

En tout état de cause, il est du devoir des autorités du pays de prendre au sérieux la problématique du droit de la santé publique en Haïti et de doter le pays une fois pour toutes d’un code de la santé publique en vue de pallier à toutes les dérives médicales. La mise sur pied d’un conseil de l’ordre des médecins qui sera réglementé par le code de déontologie médical et entériné par le parlement pour une meilleure réglementation du droit de la santé publique en Haïti.

Biographie de Maitre JOSSELIN Joseph Rénald, Avocat Spécialiste en Droit Social.

Maître JOSSELIN Joseph Rénald, né le 5 septembre 1974 à Petit-Goâve.

Il a réalisé une licence en Haïti entre 2002 et 2006 avant d’obtenir son master en Droit Social à l’Université Paris 10 à Nanterre en 2012.

Il exerce actuellement son métier en tant que Responsable de service de Protection des détenus à l’Office de la Protection du Citoyen (OPC).

Contactez Me JOSSELIN Joseph Rénald : [email protected]; [email protected]