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M. Jean, spécialiste des toilettes écologiques

ATTENTION : Les opinions qui sont exprimées dans cet article ne reflètent en aucun cas l’opinion de la France, de l’Ambassade de France en Haïti ou des administrateurs de la plateforme. Seule la qualité de la réflexion et sa capacité à susciter le débat parmi les Alumni lui ont permis d'être sélectionné et publié dans cette rubrique.

NOTE BIOGRAPHIQUE

Gaston JEAN est détenteur d’un Master en ingénierie de développement local qui l’a amené à effectuer un stage au sein du CEFREPADE et au laboratoire DEEP-LGCIE de l’INSA de Lyon sur les toilettes écologiques à litière et un Master 2 en ingénierie de projets de coopération. Fondateur de l’Association des Originaires de Grande Plaine (AOG) et du Réseau des écoles vertes de Gros-Morne, qui mènent des activités de protection de l’environnement (protection des sources d’eau, reforestation et gestion de déchets), il co-anime le groupe de travail « approche territoriale et intégrée de la gestion de déchets », un des 16 groupes de travail de la plateforme Re-Sources.

M. JEAN, Alumni spécialiste dans le domaine de l'eau et de l'assainissement partage des extraits de son article sur :

Les toilettes à litière biomaîtrisée :
une solution de rechange à la réduction
de la contamination microbiologique
des eaux souterraines en Haïti

 Gaston Jean , Rémy Bayard, Pascale Naquin, Joaneson Lacour, Rémy Gourdon

1. INTRODUCTION

Dans le monde, près de 2,5 milliards de personnes n’ont pas accès à des installations sanitaires correctes. La défécation à l’air libre est pratiquée par plus d’un milliard d’entre elles [1]. Cet état de fait, particulièrement observé dans les pays en développement (PED), contribue à la propagation de micro-organismes pathogènes dans les habitats humains. En effet, l’élimination inadéquate des matières fécales humaines entraîne la contamination du sol, des eaux de surface et des eaux souterraines [2]. La latrine, le système d’assainissement  le plus utilisé dans les PED, ne facilite pas toujours une bonne protection de l’environnement et de ses compartiments, en particulier les ressources en eau [3, 4]. Des micro-organismes pathogènes d’origine fécale, des genres Shigella [5] et Vibrio [6], ainsi qu’Escherichia coli [7, 8, 9], ont été détectés dans les eaux de surface et souterraines. La présence des micro-organismes pathogènes d’origine fécale dans les ressources en eau constitue un important facteur de risque (maladies diarrhéiques) pour la santé des consommateurs [10].
L’Institut haïtien de l’enfance (IHE) [11] estime que 63 % des personnes vivant dans le milieu rural haïtien ne disposent pas de latrines. Ce taux est de 15 % dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince et de 18 % dans les autres villes. Pour compenser le manque de latrines, certaines institutions ont bénéficié des financements associés à la Décennie internationale de l’eau potable et l’assainissement (1981-1990) et aux objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) (2000) lancés par l’Organisation des Nations Unies (ONU) pour mettre en oeuvre des projets de construction de latrines. Malgré les investissements consentis, les techniques basées sur l’écocompatibilité ont rarement été prises en compte dans la construction de ces latrines. De fait, les latrines sont très souvent en contact direct avec la nappe phréatique, dont le niveau d’affleurement est très proche du sol. Des études réalisées dans des régions alluvionnaires semblables à celles des Gonaïves ont permis de déceler des micro-organismes d’origine fécale dans les eaux superficielles et souterraines [12, 13].
Le développement épidémique s’explique par la consommation d’eau contaminée [14]. En octobre 2010, le pays a été frappé par le choléra causé par le Vibrio cholerae, un micro-organisme présent dans les excreta humains. Les conditions de gestion des excreta humains dans les pays en développement doivent être abordées dans un contexte de protection des ressources en eau et de gestion des risques sanitaires. Dès lors, il devient important d’adopter ou de développer des solutions de rechange permettant de réduire les risques associés à la contamination biologique des eaux de surface et des eaux souterraines. Parmi celles-ci, les toilettes écologiques et, en particulier, les toilettes à litière biomaîtrisée (TLB) semblent être une option pertinente. Il est rapporté dans la littérature que les TLB contribuent efficacement à la protection des eaux souterraines en agissant sur le transfert et l’hydrodynamique des polluants et contaminants vers les milieux aquatiques [15]. Nous présentons ici notre première revue de littérature sur les risques sanitaires liés à la contamination des eaux souterraines par les toilettes non bétonnées et sur les TLB comme solution pour la gestion des risques sanitaires éventuels. [...]

3. PROBLÉMATIQUE LIÉE À LA CONTAMINATION DES EAUX EN HAÏTI

Les déficiences des systèmes d’évacuation des eaux usées, des excréments et des déchets solides entraînent la contamination des eaux [14]. L’enquête réalisée par l’IHE en 2012 [11] a estimé à plus de 35 % la population n’ayant pas accès à une eau provenant d’une source améliorée. Les maladies infectieuses diarrhéiques sont responsables de 17,5 % des cas de décès chez les enfants de 0 à 5 ans [14]. Plus de 60 % de la population traite l’eau destinée à la consommation à l’aide de solutions chlorées. Cependant, la chloration, seule méthode utilisée pour traiter l’eau destinée à la consommation, est quasiment sans effet sur les oocystes du protozoaire du genre Cryptosporidium, parasite unicellulaire de l’humain responsable de diarrhées. Plusieurs études réalisées au LAQUE ont permis de mettre en évidence la présence de micro-organismes pathogènes dans les eaux souterraines en Haïti. Le Crystoporidium sp dépisté est responsable de 17 % des cas de diarrhées aigües chez les enfants de moins de 2 ans et de 30 % des cas de diarrhées chroniques chez les patients atteints du sida [12, 13]. Les résultats conduisent à conclure que l’utilisation des eaux souterraines sera limitée dans le futur non pas du fait des quantités disponibles, mais de celui de la dégradation de leur qualité. [...]

5. SOLUTIONS DE RECHANGE

Dans un pays où la majorité de la population vit en dessous du seuil de la pauvreté, la gestion et la prise en charge des excreta dans les familles ne semblent pas être considérées comme une priorité. En outre, les modèles de latrines habituellement adoptés ou proposés sont très coûteux, demandant d’importants travaux de génie civil. Ne disposant pas de latrines dans leur logement, de nombreux habitants pratiquent la défécation à l’air libre. Face à cette situation et aux risques d’épidémies, il importe de proposer aux populations à faibles revenus des solutions de rechange permettant de minimiser les risques sanitaires.  Les toilettes écologiques semblent être une option appropriée. Ces toilettes, qui n’utilisent pas d’eau pour chasser les fèces, permettent d’éviter non seulement le contact des excreta avec le sol, mais aussi d’hygiéniser les résidus par un procédé respectueux de l’environnement, à savoir le compostage [18]. Plusieurs modèles existent, des latrines relativement élaborées (ventilées, à double fosse, etc.) aux modèles les plus simples de
TLB. Ces dernières présentent les avantages suivants :
• fabrication simple ;
• faible coût : une unité coûte moins de 80 $US (coût accessible aux familles) ;
• aucune consommation d’eau ;
• faibles risques de contamination des eaux souterraines ;
• absence d’odeurs : mélangés à des déchets cellulosiques (sciure et copeaux de bois, feuilles mortes, cartons déchiquetés), les excreta sont inodores ;
• hygiène : le traitement des résidus par compostage permet d’hygiéniser la matière et de la valoriser comme amendement organique pour les sols agricoles ou sylvicoles.

Les principaux inconvénients liés à l’usage de telles toilettes sont liés à la manutention des résidus, plus ou moins fréquente selon la taille de la famille, une opération qui peut apparaître rebutante.

Comme le montrent les figures 2 et 3, la conception de telles toilettes est très simple. Elles fonctionnent souvent avec séparation des urines pour éviter la contamination de celles-ci (naturellement presque stériles), et sont valorisables comme engrais [19], ainsi que les odeurs. Un matériau local absorbant (sciure ou copeaux de bois, bagasse de canne à sucre broyée, etc.) est ajouté sur les fèces qui s’accumulent dans un simple seau placé sous la cuvette et qu’il faut régulièrement vider et nettoyer.
Nous avons décidé, après l’observation de la situation sur le terrain, l’évaluation de l’intérêt des populations et une revue de la littérature, de promouvoir l’usage de telles toilettes. Elles pourraient aider à réduire la charge microbienne susceptible d’être transférée vers les eaux souterraines et les sols, être un bon outil de lutte contre la pollution des eaux par les micro-organismes d’origine fécale et favoriser du même coup l’écocompatibilité des rejets. Elles sont surtout les seules dont le coût est abordable pour beaucoup de familles haïtiennes. Par contre, il est indispensable d’associer à la mise en place de telles toilettes des modalités correctes de gestion des résidus et de rendre un matériau absorbant disponible localement à bas prix. [...]

Retrouvez la totalité de l'article dans "Haïti Perspectives", vol. 3, n°1, Printemps 2014, en suivant ce lien : http://www.haiti-perspectives.com/pdf/3.1-cahier-toilettes-fr.pdf

Vous êtes intéressé mais pas un spécialiste de la question ? Vous apprécierez l'article AlterPresse "Haïti-Environnement : La valorisation des excréta pour le compostage, une nécessité" : http://www.alterpresse.org/spip.php?article19069#.VxUT748pWSF