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Le Revizor de Paula Giusti

L’Argentine monte une pièce russe dans la langue de Molière

 

Paula Giusti présente « Le Revizor » de Nicolas Gogol, mise à nu cruelle et poétique des rouages corrupteurs du pouvoir. Portrait d’une metteure en scène argentine qui fait résonner, dans la langue de Molière, le propos corrosif d’un auteur russe.

 

Le théâtre, passerelle entre l’Argentine et la France

Originaire de Tucumán en Argentine, Paula Giusti étudie durant 5 ans le théâtre à la faculté des Arts. En 2000, elle choisit de poursuivre ses classes en France. « C’est en regardant du cinéma français que je suis tombée amoureuse de cette langue. L’apprendre représentait pour moi un véritable défi linguistique » se souvient Paula Giusti. Après un DEA (équivalent du master aujourd’hui) à Paris 8, elle suit une formation pratique à l'école « L’Œil du Silence ».p_giusti5a_400_01

 

Sur les traces de Mnouchkine

En 2004, Paula Giusti fonde la compagnie Toda Vía Teatro. Repérée par Ariane Mnouchkine lors du festival Premiers Pas, elle présente au Théâtre du Soleil sa première création : « Autour de la stratégie la plus ingénieuse pour s'épargner la pénible tâche de vivre », un spectacle sur le poète Fernando Pessoa. Sa carrière est désormais lancée. « La France reconnaît la valeur culturelle que revêt la création théâtrale. Elle offre des structures qui permettent aux compagnies de travailler dans la continuité », explique la metteure en scène. « En Argentine, les comédiens doivent travailler à côté pour pouvoir survivre. »

 

Le Revizor, ou le rire comme arme politique

Depuis le 15 janvier, Paula Giusti présente « Le Revizor ou L’Inspecteur du gouvernement » de Nicolas Gogol, au Théâtre de la Tempête. Dans ce texte satirique écrit en 1836, l’auteur épingle les notables corrompus d’une province russe. Ce revizor qui s’invite sème la panique auprès du juge, du bourgmestre, du médecin… Leurs petites magouilles risquent fort d’être découvertes. La confusion qui règne donne lieu à un quiproquo : le prétendu revizor n’est en fait qu’un saltimbanque de passage.

Tout en appelant au rire, Gogol se livre à une critique acerbe du pouvoir et de la corruption. Avec cette adaptation, Paula Giusti développe l’esthétique poétique déjà présente dans « Autour de la stratégie la plus ingénieuse pour s'épargner la pénible tâche de vivre ». Sans rien sacrifier de la profondeur du texte, elle explore cette fois-ci le domaine de l’humour.

 

Le pantin comme métaphore du pouvoir

« Je ne cherche pas à être fidèle au texte » confie Paula Giusti, « je préfère mettre ma théâtralité dans le travail avec l'acteur. » Sur scène, dans un décor épuré et structuré par des portes amovibles, ils sont huit comédiens. Grimé de blanc, affublé d'un faux nez, chaque personnage est sa propre caricature. Jeux de mimiques, grimaces : l’usage du grotesque rappelle ceux de la commedia dell'arte.

La virtuosité des acteurs se manifeste davantage quand entre en scène la marionnette. L’incarnation du faux revizor par un pantin constitue une métaphore du pouvoir politique qui manipule les masses, et qui est manipulé à son tour. Dans des scènes chorales, chaque comédien tire les ficelles du pantin avec grâce. La pièce devient alors un théâtre de marionnettes, chacun manipulant l’autre.

Deux heures denses, ponctuées de nombreux éclats de rires, et durant lesquelles les frontières s’effacent : esquisse d’un pas de tango, intonations hispanisantes des comédiens… « C'est une histoire qui se passe dans une ville quelque part entre la Russie et l'Argentine », annonce un insert en début de spectacle. Paula Giusti tient sa promesse : par la grâce de sa mise en scène, la satire de Gogol prend des accents universels.