L'Ecole Centrale, l'EM Lyon Business School, l'Essec, l'Ecole des Mines, l'INSA, Dauphine... "Pas moins de six grands établissements français d'enseignement supérieur se sont installés au Maroc, et d'autres manifestent un intérêt pour le royaume", explique à l'AFP Jean-Marc Berthon, directeur général de l'Institut français du Maroc. "On peut véritablement parler d'engouement, d'enthousiasme même. C'est assez unique ce qui est en train de se passer", se félicite-t-il.

Certes, la tendance ne date pas d'hier, car ces vingt dernières années, les diplômes délocalisés ont "poussé comme des champignons", résume pour l'AFP Youssef Ziraoui, directeur de Campus mag Maroc, un média étudiant. Mais cela concernait surtout les écoles de commerce et d'ingénieur françaises de "milieu de tableau", environ une trentaine d'écoles. "Ces trois dernières années, de prestigieux établissements ont ouvert leurs portes au Maroc", poursuit-il.

Dernier exemple en date, l'Essec, la célèbre école de commerce française, qui a ouvert fin avril près de Rabat son campus Afrique Atlantique. L'inauguration a été faite par Jean-Michel Blanquer, alors directeur général de l'Essec, avant d'être nommé ministre de l'Education dans le gouvernement Macron. "L'ambition est claire. Il s'agit de former des jeunes marocains, naturellement, mais aussi des jeunes de tout le continent africain. (...) Je pense à l'Essec, mais aussi à l'Ecole Centrale, dont le tiers des étudiants dans son campus marocain vient d'Afrique subsaharienne", détaille Berthon.

L'un des avantages que présentent ces "colocalisations" est la possibilité pour les étudiants de bénéficier des denses réseaux de ces établissements. "Un de nos étudiants peut par exemple passer un an dans notre campus à Rabat, deux ans à Singapour, un semestre dans une école partenaire à Londres. Le campus marocain est exactement le même que celui de Paris ou de Singapour. Le diplôme est le même, le tarif, l'exigence", explique à l'AFP Yohann Etoré, directeur de la communication de l'Essec Afrique Atlantique.

A 20 kilomètres au nord de Rabat, à quelques encablures d'une célèbre plage de la région, se niche, dans un bâtiment flambant neuf à l'architecture épurée, le campus africain de l'Essec, entre un parcours de golf, une "académie" du Paris Saint-Germain et des villas de luxe. "L'esprit pionnier est omniprésent à l'Essec, c'est d'ailleurs notre slogan", s'enorgueillit Saloua, une étudiante de la première promotion, heureuse de "débuter tout d'abord au Maroc".

Le coût annuel de la scolarité à l'Essec est de 6.000 et 12.000 euros, comme en France, et à un tarif guère plus élevé qu'une école privée marocaine. Près de 20% des élèves pourront bénéficier de bourse. Côté infrastructures, on parle de campus avec de "hauts standards de qualité, semblables à ceux que l'on peut trouver en Europe. Et côté sélection, les directions pédagogique insistent sur le fait qu'ils sont aussi pointilleux qu'en France. C'est un gage de qualité", observe le directeur de Campus Mag.

Ces implantations sont le résultat d'accords signés en 2012 au Maroc entre l'ancien ministre marocain de l'Enseignement supérieur, Lahcen Daoudi, et son homologue française d'alors, Geneviève Fioraso, en 2012 au Maroc. "Ces colocalisations académiques ont été fortement encouragées par les deux Etats dès 2012, et le sujet a été entériné en 2013, durant la visite" du président François Hollande, explique Jean-Marc Berthon.

Les deux pays y voient un partenariat "gagnant-gagnant" : Le Maroc y gagne parce qu'il "améliore et agrandit l'offre de formation supérieure pour ses propres étudiants, et se positionne dans la géographie universitaire internationale comme un hub", alors qu'il est "un pays sûr dans un environnement régional assez tourmenté" et "bénéficie de sa proximité avec l'Europe", énumère Berthon. La France y gagne elle aussi, parce que "ses grands établissements vont scolariser plus d'étudiants et accroître leur rayonnement international".

Pour les étudiants et leurs parents, étudier au Maroc présente de nombreux avantages : "c'est un peu la France au bout de la rue", résume Youssef Ziraoui. "Pour les parents, on peut comprendre qu'ils soient un peu angoissés à l'idée d'envoyer leur enfant à 17 ou 18 ans tout seul en France. Les inscrire à ces programmes et les avoir à côté d'eux, c'est plutôt rassurant", tout en économisant les voyages, les loyers parisiens, etc.

Les six grands établissements français qui se sont installés ces deux dernières années au royaume accueillent aujourd'hui quelque 500 étudiants. Ils devraient former entre 3.000 et 5.000 étudiants en rythme de croisière.