Le Maroc, qui nourrit l'ambition de devenir un hub régional dans le domaine de la recherche scientifique et de l'innovation, ne dispose pas d'un volume d'écoles suffisant pour former ses élites. Le royaume chérifien accueille donc volontiers les établissements français qui implantent des campus sur son territoire.

Depuis une dizaine d'années, plusieurs écoles d'ingénieurs et de commerce hexagonales ont ainsi traversé la Méditerranée : l'EIGSI, l'Ecole centrale, l'EM Lyon, l'université Paris-Dauphine et Toulouse Business School à Casablanca ; l'Essec à Rabat ; l'Insa à Fes ; Mines ParisTech à Ben Guerir...

Opportunités professionnelles

Outre les étudiants marocains, ces établissements accueillent un nombre croissant de jeunes venus d'Afrique subsaharienne. « Le Maroc est un pays avec un politique volontariste pour l'accueil des étudiants étrangers. Quelque 16.000 Subsahariens y étudient actuellement, la moitié d'entre eux bénéficiant de bourses marocaines », précise Christophe de Beauvais, attaché de coopération scientifique et universitaire à l'ambassade de France au Maroc. Attirés par la qualité de l'enseignement supérieur, ces jeunes saluent également les opportunités professionnelles qu'offre le royaume.

 Pour faire mes stages, je privilégie les entreprises de taille intermédiaire où la notion d'innovation constitue l'un des principaux challenges. 

« Pour faire mes stages, je privilégie les entreprises de taille intermédiaire (ETI) où la notion d'innovation constitue l'un des principaux challenges. En outre, ce sont des organisations où les projets à réaliser se révèlent pluriels », explique Philippe Ano, vingt-six ans, originaire de Côte d'Ivoire et étudiant en troisième année à l'EIGSI Casablanca. En juillet 2017, cette école a reçu l'avis favorable de la commission des titres d'ingénieurs (CTI), devenant ainsi la première école d'ingénieurs française à pouvoir délivrer un diplôme tricolore sur un campus étranger. 

Multiples partenariats

Fondée en 1901 et implantée à La Rochelle depuis 1990, l'EIGSI a ouvert son campus marocain en 2006. Dix ans plus tard, elle a investi 5 millions d'euros pour faire construire son propre immeuble d'une surface de 4.500 mètres carrés. 

« Notre volonté de nous développer à l'international répondait notamment à une attente de nos partenaires industriels, dont des ETI en phase d'internationalisation », indique Sylvain Orsat, le directeur général de l'EIGSI. En effet, que ce soit en France ou au Maroc, l'école d'ingénieurs noue de nombreux partenariats avec des entreprises de toutes tailles et de différents secteurs.

 Notre volonté de nous développer à l'international répondait notamment à une attente de nos partenaires industriels, dont des ETI en phase d'internationalisation. 

« Nos partenaires français et marocains de l'aéronautique, de l'automobile, du BTP ou encore de l'environnement recrutent nos étudiants pour des stages ou des premiers emplois. Ou alors, ils nous sollicitent pour la création de formations spécifiques à leurs besoins. Par ailleurs, certains de nos doctorants travaillent sur des problématiques chères à nos partenaires, notamment dans la mobilité et les énergies renouvelables », détaille Youssef Ben El Mostapha, directeur de l'EIGSI Casablanca.

Cette dynamique partenariale a également conduit l'EIGSI Casablanca à participer à la gouvernance du Centre de recherche, de développement et d'innovation du Grand Casablanca qui doit être inauguré sous peu par le roi Mohammed VI.

Recherche collaborative

« La volonté de l'Etat marocain est de rapprocher le monde de la recherche avec l'écosystème économique. Via ce centre, qui a vocation à essaimer partout au Maroc avec de nombreuses antennes locales, nous allons créer un écosystème propice aux échanges entre recherche et acteurs socio-économiques », souligne Hicham Medromi, directeur de l'Ensem, une grande école d'ingénieurs marocaine située à Casablanca et qui a contribué à la fondation du Centre de recherche, de développement et d'innovation.

 La volonté de l'Etat marocain est de rapprocher le monde de la recherche avec l'écosystème économique. 

Au côté de ces soutiens académiques, le centre compte également une vingtaine de partenaires industriels, des PME, des ETI et des multinationales, qui ont d'ores et déjà identifié différents sujets de recherche, par exemple sur la mobilité, le numérique, l'environnement, etc.

« Outre le centre de recherche, de développement et d'innovation, plusieurs clusters sont en train de se créer. Nous visons la recherche collaborative pour resserrer les liens entre l'écosystème industriel et l'enseignement supérieur », pointe Karim Cheikh, président du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (Gimas).

Création d'emplois

Toutes ces initiatives s'inscrivent dans le cadre du plan marocain d'accélération industrielle (PAI 2014-2020), qui vise la création de 500.000 emplois. Pour la seule année 2017, près de 90.000 emplois ont été créés. « Si cette moyenne est maintenue, elle permettrait de dépasser l'objectif initial de cette stratégie sectorielle pour atteindre 550.000 emplois », déclarait récemment Moulay Hafid Elalamy, le ministre marocain de l'Industrie, de l'Investissement, du Commerce et de l'Economie numérique.

Julie Le Bolzer